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LE LYMPHOEDEME DU BRAS APRES MASTECTOMIE * * * Malgré l'évolution des techniques chirurgicales, le lymphoedème du membre supérieur après mastectomie ("gros bras" après ablation du sein pour tumeur cancéreuse) touche, d'après des statistiques allemandes, 2% de la population féminine (1). Or, certains excellents chirurgiens semblent se désintéresser des désagréments qu'occasionne souvent cette séquelle post-opératoire. Ils font comprendre à leurs opérées qu'elles peuvent s'estimer heureuses d'avoir la vie sauve. Un "gros bras" peut cependant constituer un handicap sérieux : la moindre activité fait gonfler le membre, l'accroissement de l'oedème est douloureux, la garde-robe est à transformer ou à remplacer; sans compter les complications fréquentes : aggravations soudaines, périarthrite scapulo-humérale, ainsi que des risques constants d'inflammation : lymphangite, érycipèle, etc ... La moindre égratignure, la moindre piqûre d'insecte, constitue un danger pour un membre où les liquides intersticiels stagnants présentent des réactions immunitaires insuffisantes. Ces risques, la plupart des opérées du sein n'en sont pas averties. Elles ne sont généralement pas informées non plus des mesures diététiques ni des précautions élémentaires à prendre pour éviter la formation du lymphoedème (2) qui peut survenir également en cas d'ablation partielle du sein, et cela même de nombreuses années après l'opération. C'est ainsi qu'une personne opérée depuis 13 ans tord son linge, en toute quiétude, à la suite d'une panne de sa machine à lessiver. Le gros bras se développe. Un autre cas : quelques temps après sa mastectomie, une patiente, ignorant les risques, se laisse faire une piqûre de chimiothérapie anti-cancéreuse au bras du côté opéré. Comble de maladresse, l'aiguille traverse la veine et le produit est injecté dans les tissus. Le gros bras se développe et se firose rapidement, particulièrement à l'emplacement de la piqûre. Un feuillet de conseils efficaces distribué à la sortie de la clinique et lors des visites de controle pourrait éviter beaucoup de ces incidents lamentables. D'autre part, lorsqu'un lymphoedème du membre supérieur est installé, il tend inéluctablement à s'aggraver. S'il n'est pas traité, il évolue lentement vers la nécrose tissulaire, en passant d'abord par une phase aigüe, suivie d'une phase de latence uù il semble se résorber quelque peu ou du moins cesser de s'aggraver, puis par une phase de fibrose tissulaire dégénérant peu à peu en éléphantiasis (3). La phase de latence peut induire en erreur en donnant l'illusion que l'oedème peut se résorber par lui-même, alors que tôt ou tard les moyens de défense de l'organisme s'épuiseront et que l'oedème se fibrosera, rendant tout traitement plus long et plus difficile. C'est pourquoi nous ne pourrions assez insister sur les avantages d'un traitement précoce et même préventif du "gros bras". Des études cliniques ont démontré que le lymphoedème du bras ne se développe que très rarement lorsque la méthode Vodder est appliquée préventivement ou très précocement (4). Un autre danger encore : une thérapie inadéquate du lymphoedèmedu bras est encore plus dommageable qu'une absence de thérapie (5). Toute technique douloureuse, échauffante ou irritante est contre-indiquée (6). Elle provoquerait, d'une façon ou d'une autre, une augmentation de la filtration capillaire artérielle dans le membre, favorisant ainsi l'aggravation de l'oedème. Que de personnes cherchent pendant des mois, voire des années, une méthode douce et efficace de résorption définitive de leur lymphoedème. Le Drainage Lymphatique Manuel, tel qu'il a été mis au point par le Dr. Emil Vodder de Copenhague et exécuté par un thérapeute spécialisé, répond à leur attente. Son efficacité est largement reconnue en Allemagne, en Autriche et en Suisse, où la méthode est largement prescrite par le corps médical. En Belgique et en France, on en parle beaucoup, mais peu de personnes savent vraiment ce que c'est. Un grand nombre de pseudo-spécialistes et d'enseignants non agréés par le Dr. Vodder font du tord à la méthode en la transmettant ou en la pratiquant de manière incorrecte, altérée ou tronquée. Il s'agit d'une technique de massage manuel doux dont les mouvement précis décrivent dans les tissus des cercles et des spires ayant sur l'oedème un effet spécifique de pompage. Jusqu'à présent, quoiqu'aient prétendu certaines publicités, aucun appareil n'a pu imiter ces mouvements ni obtenir leurs profonds effets sur l'organisme. Comme le dit l'auteur, "aucun appareil ne peut remplacer des mains exercées". Les principaux effets de la méthode sur le lymphoedème post-mastectomie s'expliquent comme suit. Tout d'abord, la résorption des liquides interstitiels excédentaires par les capillaires lymphatiques et sanguins et la circulation de la lymphe dans les vaisseaux lymphatiques, sont intensifiées (7)(8)(9)(10). Sous les doigts du thérapeutes, la patiente peut observer un blanchissemnt de la peau et comme une apparence de "chair de poule" tout-à-fait localisée. Après quelques prises, elle peut déjà constater un assouplissement certain de la chair. Dès la première séance, elle éprouve une sensation de soulagement et de légèreté, même lorsque le périmètre du membre n'a encore que peu diminué. Le Professeur Mislin a montré que les mouvements "en roue voilée" de la méthode ont la propriété de stimuler le péristaltisme des angions lymphatiques (11). Cette action ne se limite pas à la seule durée de la séance, mais effectue une véritable rééducation du péristaltisme des vaisseaus lymphatiques. C'est ce qui explique notamment que les séances, tout d'abord très suivies, peuvent être progressivement espacées et le traitement finalement terminé. D'après le Dr. Kurz, la stimulation de la motricité des angions lymphatiques, propre à la méthode Vodder, a également pour effet de faciliter la régénération des extrémités des vaisseaux lymphatiques sectionnés par l'opération, favorisant ainsi leur jonction (12). Cette stimulation permet également de mettre en fonction des anastomoses existant dans la couche sous-cutanée entre différents territoires de drainage lymphatique. C'est ce qui permet, par exemple, en cas d'évidement ou d'irradiation axillaire, d'évacuer les liquides du gros bras vers le creux axillaire du côté opposé et en profondeur vers le canal thoracique, en passant par les vaisseaux lymphatiques situés dans les espaces intercostaux. En cas d'évidement ou d'irradiation bilatérale, des anastomoses en direction de la fosse jugulaire d'une part, et des ganglions iliaques d'autre part, peuvent être mises en fonction (13). Un effet encore, et des moins négligeables, de la méthode Vodder, est celui de la stimulation des défenses immunitaires. En effet, par le pompage léger et répété sur les zones de ganglions lymphatiques, surtout au niveau du cou et de l'abdomen, la production des lymphocytes à la partie corticale des ganglions se trouve augmentée (14). Les lymphocytes sont une variété de globules blancs dont le rôle immunitaire est actuellement bien connu (responsabilité dans la production des anticorps et propriétés phagocytaires). C'est cet effet immunitaire de la méthode Vodder qui permet, par exemple, de juguler une grippe débutante en moins de 24 heures ou de guérir du rhume des foins en quelques mois de traitement suivi (15)(16). Il est établi par ailleurs qu'il existe une forte corrélation entre faiblesse immunitaire et cancer (17). Cet effet immunitaire est particulièrement intéressant pour les opérés du sein car, en complément aux examens qu'elles subissent régulièrement, elles peuvent, au terme d'une courte initiation, pratiquer le Drainage Lymphatique en auto-massage sur les grands groupes de ganglions lymphatiques du corps et ainsi prendre une part active à la prévention de récidives cancéreuses (2). Quelques recherches de laboratoire nous expliquent donc scientifiquement les principaux effets de la méthode Vodder sur l'organisme et plus particulièrement sur le lymphoedème du bras après mastectomie. Des expérimentations cliniques, par ailleurs, nous montrent l'efficacité de la méthode dans la pratique : une immense expérimentation clinique a été menée par le Dr. Asdonk en Forêt Noire, sur plus de 20.000 cas. Les résultats statistiques ont permi l'établissement d'une liste des indications (2)(18). Concernant plus particulièrement le lymphoedème du bras post-mastectomie, une étude pilote a été réalisée par le Dr. Kuhnke en 1976 déjà. Sur un échantillon de 18 patients, les 13 qui ont participé à l'expérience jusqu'au bout ont vu leur oedème complètement résorbé (19). Les conclusions de l'ensemble de ces recherches se vérifient dans la pratique pour tout praticien correctement formé. Le Drainage Lymphatique Manuel selon Vodder, méthode strictement artisanale, semble donc bien, par ses effets spécifiques, constituer une méthode de choix pour le traitement du lymphoedème du bras après mastectomie. Evelyne SELOSSE (1) Prof. Dr.med. Michael FÖLDI, Lymphödem der Gliedmassen und der
Genitalien(Teil 1), Leistungsfähigkeit und Insuffizienz der Lymphdrainage,
Ärztliche Fortbildung 31 (1981), Heft 7.
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