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Le Drainage Lymphatique Manuel selon
Vodder
dans les cas d'oedème
post-traumatique
article paru dans les "Cahiers de Kinésithérapie"
1981, fasc. 90, n° 3, 97 - 102
I. Pathogenèse de l'oedème
post-traumatique
Une fracture osseuse occasionne la rupture d'une quantité considérable
de capillaires sanguins et lymphatiques. Les liquides qu'ils contiennent
s'écoulent dans les tissus environnants.
Le taux de protéines dans ces tissus approche ainsi celui du plasma,
c'est-à-dire 8%, ce qui réduit à néant ou presque la différence des
pressions osmotiques colloïdales du sang et des tissus et par là détruit
toute ou presque toute possibilité de réabsorption par les capillaires
sanguins (Kuhnke, All).
Tout le filtrat excédentaire ne peut donc être repris que par le
circuit lymphatique; il en est de même des grosses molécules de protéines.
Le circuit lymphatique environnant ne peut écouler à lui seul ce débit
anormal.
De plus, il arrive souvent que, sous l'effet de la douleur, les muscles
des parois des vaisseaux lymphatiques, répondant à la commande du système
nerveux sympathique, se spasment en amont du traumatisme (Földi, All),
freinant ainsi la réabsorption par voie lymphatique et aggravant la
situation de déséquilibre.
D'autre part, les amas de globules rouges répandus dans les tissus
commencent assez rapidement à se coaguler. Avant leur coagulation, ils
pourraient être repris rapidement par le circuit lymphatique. Dès que
cette coagulation se produit, l'organisme va se comporter vis-à-vis de
l'hématome comme en présence d'un corps étranger et, après avoir fait une
réaction inflammatoire post-traumatique, l'entourer d'une carapace de
globules blancs et de tissu conjonctif. L'hématome ainsi structuré est
alors beaucoup plus lent à éliminer.
Ces matières excédentaires qui stagnent dans les tissus avoisinant la
fracture vont considérablement freiner ou même inhiber complètement, au
début, les échanges entre le réseau capillaire sanguin et les tissus
lésés, échanges qui doivent permettre le réparation de ces tissus lésés;
cette situation dure jusqu'à ce que le réseau circulatoire soit reformé
malgré cet obstacle. Ce sont les capillaires sanguins qui se
reconstruiront en premier lieu, tandis qu'il faudra un minimum de une à
trois semaines aux capillaires lymphatiques pour une pareille construction
(Leduc, Belgique). Il se forme tout d'abord un fin réseau irrégulier pour
relier les extrémités des vaisseaux brisés, ensuite se reconstruisent des
vaisseaux plus gros mais qui ne possèdent pas toujours leurs valvules de
façon parfaite.
II. Action du Drainage Lymphatique Manuel
(DLM)
Cette situation d'oedème est une indication pour l'application très
précoce du Drainage Lymphatique Manuel selon Vodder. Par ses mouvements
lents et sa pression très légère, cette méthode ne provoque pas de
décharge d'histamine ni, par là, d'hyperhémie dans les tissus et ne risque
donc pas de favoriser la formation d'un cal hypertrophique.
Le Drainage Lymphatique Manuel contribue à résorber rapidement l'oedème
post-traumatique et stimule la réparation des tissus comme aucun produit
ni aucun appareil ne peut le faire jusqu'à présent.
a) réabsorption de
l'oedème
- Un premier effet du DLM est de répartir l'oedème
dans le tissu conjonctif en déplaçant les liquides d'un milieu saturé
vers un milieu moins saturé, ce qui peut déjà créer ou augmenter la
différence de pression osmotique colloïdale entre le tissu et les
capillaires sanguins.
- Un deuxième effet est de favoriser une réabsorption
maximale par les capillaires sanguins par l'application d'une
pression idéale de massage. La pression de massage, s'ajoutant à la
pression tissulaire, favorise la réabsorption des liquides par les
capillaires sanguins, mais ne peut toutefois pas comprimer ceux-ci. On
peut donc dire que la pression idéale de massage (PIM) est égale à la
différence entre la somme des forces d'ouverture s'exerçant sur le
capillaire sanguin (c'est-à-dire la pression sanguine veineuse et la
pression osmotique colloïdale sanguine) et la somme des forces de
compression s'exerçant sur ce capillaire (c'est-à-dire la pression
tissulaire et la pression osmotique colloïdale du tissu). Cette pression
idéale de massage a été vérifiée par le Dr. Kuhnke comme étant égale à
33 Torr. pour un tissu sain. Dans les cas d'oedèmes traumatiques, là où
la pression et le taux de protéine des tissus sont fortement augmentés,
cette pression idéale est très faible et la possibilité de réabsorption
locale par voie sanguine est de toutes façons très limitée.
- Le troisième effet est le plus important : c'est la
réabsorption par les capillaires lymphatiques encore
fonctionnels. En effet, la paroi du capillaire lymphatique
n'est constituée que d'une couche de cellules endothéliales qui se
juxtaposent en laissant entre elles une possibilité d'ouverture. Cette
paroi se fixe aux fibres élastiques du tissu conjonctif par
l'intermédiaire de filaments non élastiques (Casley-Smith, Australie).
Toute augmentation de la pression hydrostatique dans le tissu conjonctif
exerce donc automatiquement par l'intermédiaire des fibres élastiques
une traction sur les filaments non élastiques et ouvre le capillaire.
Cette ouverture permet la réabsorption de la charge lymphatique ainsi
que des grosses molécules de protéines qui ne peuvent être reprises au
travers des fines parois des capillaires sanguins.
- Un quatrième effet de réabsorption de l'oedème est provoqué par la
stimulation du péristaltisme automatique des vaisseaux
lymphatiques (Mislin, Carona). En effet, les mouvements selon
Vodder décrivent lentement des cercles successifs le long des trajets
lymphatiques. Ils contribuent ainsi au remplissage des angions
lymphatiques et étirent la musculature lisse de leur paroi, ce qui
stimule leur double réflexe de contraction, périphérique et central,
tout en respectant le rythme physiologique de ces contractions. Ces
stimulations successives le long des vaisseaux lymphatiques ont pour
effet d'accélérer le débit de la lymphe. Cet effet spécifique a été
démontré par une étude lymphographique comparée du DLM et d'un massage
classique (Collard, Belgique). Cette accéléation crée un phénomène
d'appel dans les vaisseaux et les capillaires lymphatiques situés en
aval du traumatisme et favorise par là la réabsorption des excédents de
liquides tissulaires. C'est la raison pour laquelle le drainage des
vaisseaux lymphatiques n'est pas effectué uniquement sur l'oedème
traumatique, mais aussi et surtout en amont de celui-ci. L'idéal serait
de pratiquer le DLM immédiatement après l'accident, afin de prévenir la
formation de l'oedème (sans pour autant retarder l'intervention
réductrice lorsque celle-ci est nécessaire).
- Un cinquième effet également très important est la
stimulation de la circulation dans les ganglions
lymphatiques. La résistance de passage y est beaucoup plus
grande que dans les vaisseaux lymphatiques et la lymphe y circule très
lentement. Les mouvements selon Vodder, en petits cercles sur place,
accélèrent cette circulation et stimulent la production de lymphocytes
par les centres germinatifs du cortex ganglionnaire. Cet effet sur les
ganglions lymphatiques est important non seulement parce qu'il
contribue, en amont du traumatisme, à créer un phénomène d'appel sur
l'oedème, mais aussi parce qu'il stimule l'immunité naturelle de
l'organisme, facilitant ainsi la désintégration des hématomes en cours
de coagulation dans les tissus. C'est pourquoi le drainage des chaînes
ganglionnaires en amont du trait de fracture doit être pratiqué dès le
lendemain de l'accident.
b) régénération des tissus
La réabsorption de l'oedème post-traumatique aura un effet indirect sur
la régénération des tissus lésés. En effet, les tissus lésés ont un grand
besoin d'apports nutritifs afin de se refaire. Or, l'excès de liquide
intersticiel augmente la distance entre la cellule et le capillaire
sanguin et par là multiplie le temps de diffusion.
De plus, dès que cette distance, appelée distance de transit (Hauss),
atteint 1/10 mm., toute possibilité d'échange est bloquée. Il est donc
vital pour les tissus lésés d'être débarassés rapidement de l'oedème qui
les a envahis. La reconstruction progressive des capillaires sanguins et
lymphatiques diminuera encore la distance de transit et, en cas de
fracture osseuse, accélèrera la formation du cal.
Enfin, comme l'a démontré Brunner (Zurich) par des lymphographies et
des test de coloration, le Drainage Lymphatique Manuel peut également
accélérer la régénération des vaisseaux lymphatiques. Ce phénomène est
expliqué par le fait que le remplissage systématiquement répété des
vaisseaux lymphatiques en formation, provoqué par le DLM, serait un
facteur de croissance de l'endothélium de ces vaisseaux.
III rapport de deux traitements après
fracture osseuse
Voici, à titre d'exemples, deux cas traités récemment par nous en
cabinet :
- Monsieur M.V., 19 ans.
Fracture simple du péroné
droit, à quelques centimètres de la malléole externe. Plâtre du pied et
de la jambe. Evolution prévue par le médecin : 1er plâtre de 3
semaines ; 2è plâtre (de marche) de 2 semaines. Le DLM a été
appliqué une semaine après l'accident, à raison d'une séance par jour
pendant deux semaines, en amont du plâtre. Après ces deux semaines, la
radio de contrôle a montré la consolidation du cal. Le plâtre retiré n'a
pas été renouvelé et le jeune homme marchait normalement (... et sautait
!) trois jours après. Lors de l'ablation du plâtre, la peau de la jambe
et du pied n'était ni desquamée ni malodorante.
- Monsieur D.L., +/- 25 ans
. Accident de voiture le 6/8/79. Double
fracture du péroné droit, dont l'une à la malléole interne. . Premier
plâtre jusqu'au 2 septembre 1979, ensuite plâtre de marche. Le 15
septembre , la radio révèle une décalcification. . 29 octobre : le
plâtre est remplacé par un bandage, durant deux semaines. Le sujet
boîte. . 23 novembre : la radio ne décèle pas de cal. . 27
novembre : greffe osseuse au péroné, suivie du port d'une gouttière
plâtrée. . 13 décembre : port d'un nouveau plâtre. . Début des
séances de DLM, le 17 décembre 1979 : 4 séances au cours de la première
semaine, ensuite 3 séances par semaine pendant 6 semaines. . Ablation
du plâtre; la radio confirme la consolidation du cal. . Le patient
remarque que son membre a repris du volume musculaire au cours de la
période de traitement et cela, malgré le moyen de contention et
l'absence d'exercice. . 2 séances de DLM par semaine pendant 6
semaines. Le patient corrige progressivement son boîtement au cours de
cette période. - La marche est redevenue totalement normale 2 à 3
semaines après la fin du traitement.
IV. L'auteur de la méthode : le Dr. Emil
Vodder
La méthode a été découverte intuitivement et empiriquement par le Dr.
Vodder, kinésithérapeute danois, Docteur en Philosophie et Biologiste,
dans les années30.
Grâce à sa formation humaniste autant que scientifique, le Dr. Vodder a
su garder un point de vue synthétique, global, sur le fonctionnement de
l'organisme. C'est lui qui a fait découvrir l'importance physiologique,
pathogénétique, préventive et thérapeutique des liquides lymphatiques et
intersticiels, qu'il appelle ""suc de vie".
Ce n'est que bien ultérieurement que l'action du Drainage Lymphatique
Manuel sur l'organisme a été démontré scientifiquement, grâce aux
recherches d'un groupe de lymphologues de divers pays tels que Hauss,
Földi, Szabo, Mislin, Kuhnke, Asdonk, Collard et Leduc. Les indications
très variées de la méthode ont été établies systématiquement à la Clinique
du Dr. Asdonk en Forêt Noire, d'après des statistiques portant sur plus de
20.000 cas.
Le Dr. Vodder, par sa géniale mise au point, a suscité la naissance et
stimulé le développement de la lymphologie au cours de ces quelques
dernières dizaines d'années. Par l'étonnante efficacité de sa méthode, il
a montré la nécessité actuellle en médecine de reconsidérer l'organisme
humain comme un tout.
Evelyne SELOSSE Licenciée en Kinésithérapie de
l'Université de Louvain Chargée de l'enseignement de la méthode par le
Dr. Vodder
BIBLIOGRAPHIE
- Cours d'Histologie Spéciale, Université Catholique de Louvain, Cercle
médical St. Luc, 1975-76. - SOBOTTA/HAMMERSEN - Histology - Urban and
Scharzenberg - Baltimore-Munich 1980. - Syllabus et notes de cours -
Dr. Vodder Schule Feldberg - 1974 - H. & G. WITTLINGER -
Introduction to Dr. Vodde's Manuel Lymphdrainage - Volume 1 Basic Course -
Haug Verlag, Heidelberg 1982. - A. LEDUC - Le Drainage Lymphatique,
théorie et pratique - Masson, 1978. - Dr.med. Johannes ASDONK, Feldberg
- Zur Wirkung und Indikation Manueller Lymphdrainage - Physiothérapie,
Fébruar 1976. - Dr. med. Johannes ASDONK - Ärtzliche Erfahrungen mit
der Lymphdrainage - Massage des Kramfaderbeines - Haug Verlag, 1971 -
Dr. med. E. KUHNKE - Prinzipien des Stofftransportes im Organismus - 1971
Dr. Vodder Zentrum, Essen.
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